« Seconde tentative »  -   65 x 65 cm
Seconde tentative
 
Tigre blanc  

Tigre blanc

 

     
Tigre blanc   Tigre blanc
 

La dernière étape nécessitait d'intervenir au niveau du marouflage du papier sur le carton muséum.

 

Voici la touche finale :

 

 
Tigre blanc Tigre blanc
 

"L'ORIGINE DU MONDE"

 

 

Digression surréaliste



Le mineur de fond défriche à corps et à cœur la feuille de papier vierge, blancheur matricielle sans atours, ses détours. Quelques préliminaires, calculs numériques pointilleux dans les plis des-nuées. Entrée en matière, découvrements indiscrets, déchirements: les fouilles ont lieu dans une chambre magmatique, passage secret d'un jardin botanique. Après prospections sur la page, transactions délicates en coulisses, l'écartèlement au col se fait entre deux dimensions, ondulations clapotantes, bruissements voilés, essaim de pigments aro-chromatiques, éclosions miraculeuses. Érotisme méta-floral, écluses chancelantes et corolle de d'hélices embrasée. Soulever à la légère un coin de l'alcôve pour entrevoir l'orifice. Émancipations acrobatiques. L'antre est vorace. Dans les entrailles du papier une spatialité à géométrie variable. La progression s'effectue par plans successifs, mouvements périphériques cadencés. La mine furtive usurpe mais ne mime en rien, elle aiguillonne lentement, s'émousse, se plie avec ferveur à tous les effets de perspective, décolle des feuillures à fleur de peau, pénètre la chair béante du papier qui frissonne. Il faut souvent prendre du recul, jouer avec l'ombre et la lumière radieuse, exa-miner les cimes virevoltantes, l'entre deux, l'ab-sens, l'ab-sexe, Fleurs du mâle. Au troisième niveau dans la gorge, une barricade, censure de chasteté imprévue de parcours. Oh mon dieu ! L'œil et les sens sont trompés. Franchir l'éternité, traverser le sillon de leurre en seuil, «l'origine du monde», celle dont nous sommes tous issus. Cercle vicieux, ciel étoilé, épiphanie. Défloration, immaculée conception, libertinages d'expression ! Deux volées (volets), envolée.

Patrick est dans son perfectionnisme un ingénieur de la Mine en perpétuelle exploration artistique. Son approche du crayon de couleur est celle d'un scientifique : rigoureuse, détaillée, aboutie. Le geste graphique qui fait la spécificité du dessin se fond dans la texture invisible de la cire sans laisser d'effet de trace spécifique, de voix identifiée. Le pigment l'emporte sur la pointe pudique ou réfractaire. Le mimétisme troublant nous fait douter du médium. Neutralité et dualité s'entremêlent. Le crayon est subordonné à l'effet recherché de matière dans lequel il s'incarne, il transgresse en retrait, masqué, secret. On oublie le dessin manuscrit, on lit sans souci du support, ni du son. Pas de graphe revendiqué, de repentir réel, de gestation perceptible, de fibre nerveuse, plutôt un effet miroir uniformisé, un hyper réalisme imaginaire porté à l'écran, une illusion platonicienne qui interpelle. La force de l'artiste consiste à nous projeter dans les pièges ludiques de la visibilité sans rien exhiber. Son individualité n'est pas dans le trait, l'écriture, mais dans la médiation, la projection d'image métaphorique, la mise en scène, la démonstration sans trucage, entre utopie, parodie, fantasme. Virtuose en matière de technique, la sienne, l'artiste travaille depuis quelques mois sur la liberté d'expression, un paradoxe révélateur tant la mine est contrainte et consentante. Liberté en rapport avec les sujets d'actualité mais aussi liberté en matière de support, bloqué dans la mine, et en matière d'espace du dessin. Voilà un papier qui fait sa Révolution ! On passe de Germinal au méta Floréal. L'artiste aborde le papier comme matérialité, objet de la réalité, dans sa transversalité, sa mise en forme, de vrais et faux déchirements, des projets de collages, d'extensions hors cadre.

Retour sur un Jeu deux mains, qui se prolonge ici à travers le support : faut-il ou non faire mine de, démurer le papier, miner en profondeur et passer de l'autre côté, d'un espace figé à un non lieu ? Alors que le papier disparaissait dans ses premiers dessins recouverts jusqu'à saturation par des mines dévoratrices, c'est peu à peu ce même support qui s'émancipe, se soulève. On passe d'un ciel bas et lourd comme un couvercle à une terre à ciel ouvert, un mur virtuel qui rappelle le support papier fortifié désormais affranchi, ouvert aux quatre vents, aux germinations.
Un archipel de pétales effeuillés nous propulse dans l'entrouvert, l'arrière-pays, la réalité avec ou sans paravent, tout un processus créatif, métaphorique, le pouvoir générateur de la page blanche, son en deçà, son au-delà, aux lueurs d'espoir.


Marie-Hélène Barreau-Montbazet
www.maecene-arts.com

 
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