« Back to black »  -   4 x 50 x 72 cm
 
 
 
 
 
Exposition à Brive-la-Gaillarde - octobre 2017
 

BACK TO BLACK

 

L'œuvre est un quadriptyque formé de quatre volets successifs composés dans une logique narrative et interactive. Le premier panneau traduit la matérialisation du vide dans un huis clos, une clarté déserte, métaphorique, un contre espace d'où peuvent surgir tous les possibles. Le deuxième et le troisième jouent sur la matérialité même du papier, sa réalité plastique, son existence illusoire ou réelle, sa dé création/ re création. Le dernier panneau est la version en négatif du premier, il représente le Néant avant la naissance, il clôture le cycle.


Le support, longtemps exilé, dévoré par un mur de crayon, acquiert toute son importance au travers de nouvelles explorations créatrices dans lesquelles la feuille lisse immaculée n'est plus seulement fond ou réceptacle mais forme, consistance, existence ou non existence. L'artiste s'engage dans un parcours de recherches autour du support, lieu et saisie du lieu en rapport avec le dessin. Le contemplateur y verra une réflexion sur le sens de l’Etre et de multiples interprétations toutes aussi subjectives les unes que les autres. Un dessin à ciel ouvert, qui s’échappe du cadre, pénètre l’espace du dehors, nous parle.


Le vide papier mallarméen que la blancheur défend stimule l'imaginaire artistique ; on est libre de tout croire, tout voir, le carré blanc minimaliste de Malévitch tout autant qu'une expansion de l'artiste lui-même, une métaphore spéculaire, une allégorie politique. La feuille est signée noir sur blanc, c’est une œuvre qui se donne à voir dans son identité. Pour la première fois, le papier omniprésent et pourtant peu visible lorsqu’on feuillète tous ses dessins antérieurs est montré brut, dans sa nudité, il n’est ni illusion, ni allusion. Tout commence ainsi, ça a débuté comme ça, l’œuvre est en train de se faire. Crayon et papier se renient, se parodient dans une dialectique permanente, une contestation infinie. Le papier révèle l'absence, une forge de silence, le crayon le néant. La question reste celle de la délimitation, de la représentation ou de la présentification.


Par la perception qu’il suscite le premier volet en ready made fait écho au conformisme de la pensée lisse et des idées toutes faites, au milieu aseptisé, conditionné, de la société standardisée dans laquelle on vit. En surface tout est unifié, convenu, sans aspérité. Le champ de la page semble être solidement cadré, infranchissable comme un Rideau de Fer en négatif ; il est pourtant fragile et friable comme une étoffe. L’artiste brise les barrières, il est une voix différente, combative, indispensable à l’espace social. Lui seul, par sa créativité résolument plurielle, libre de toute idéologie, permet une forme d’ouverture, d’envol.


Le deuxième volet mêle le vrai fallacieux et le vrai réel, le vide qui devient forme, l’antagonisme du blanc et du noir. La main divine de l’artiste, actionnée par la mine de crayon, déchire le support en pur trompe l’œil. Les morceaux de papiers mobiles, telles les pierres d’un mur qui s’effondre, sont des éclats de réel prélevés du champ de la page. Le support papier anéanti fait écho au rapport de l’humanité à l’idée de la destruction de murs tangibles (Breaking the wall) comme la chute de barrières géopolitiques ou de remparts symboliques moins visibles. Faire tomber un mur est un symbole de libération, d’expansion de l’Etre, un lâcher prise ici.


Dans le troisième volet, le blanc n’est plus que brisures ailées, débris du ciel qui vont s’éteindre. Quelques fragments se dispersent sur le sol hors cadre. La partie supérieure est obscurcie au crayon, la nuit couvre le jour. Noir et blanc rivalisent et se complètent tels le yin et le yang. L’artiste va au-delà de l’illusion dans sa recherche de matière. Le support mis en scène ici prend véritablement corps.


La poudre cendrée du crayon recouvre et masque entièrement le dernier panneau, le papier disparait sous un voile de satin noir, une signature étincelante, l’étoile du soir. La nuit blanche fait place à la nuit des fonds d’où sortiront les braises d’une nouvelle création. La barque de chaque chose, de chaque vie, dort dans la masse de l’ombre de la terre.


Au commencement, la terre était informe et vide ; il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme. Le Créateur dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut. Il vit que la lumière était bonne et il sépara la lumière d’avec les ténèbres. Il appela la lumière jour et il appela les ténèbres nuit. Il y eut un soir et il y eut un matin : ce fut un jour.


La nuit tombe, le jour se lève. Où il n’y a pas d’obscurité ne peut exister la lumière.

 

Marie-Hélène BARREAU-MONTBAZET
www.maecene-arts.com